A quoi on joue ?

VI Nations... 2ème journée,             France – Italie    30 – 10

France Italie 2014

Douze minutes !

Il a suffi de douze minutes, un arrachement de Picamoles, deux fulgurances de Fofana, pour tuer le match, les espoirs des italiens avec.

Mais pour le reste ?

L’anecdote voudra que cette deuxième rencontre dans l’enceinte du Stade de France, ce dimanche après-midi, démarre avec le coup d’envoi fictif d’un aveugle, Vincent Michel, président de la Fédération des Aveugles et Handicapés Visuels de France pour qui, grande première, le match allait être diffusé en audiodescription.

Si j’avais su, j’aurais activé l’option sur ma télé pour comprendre ce qui s’est produit sur le terrain, s'agissait-il de rugby ou de football américain ?

A quoi on joue, monsieur Saint-André ?

Quinze minutes de domination totale pour nos Bleus qui se ternissaient en blancs et pas un point au compteur.

Pas une passe surtout, pas une combinaison, aucune animation réelle au sens propre du jeu de rugby, tout juste une gesticulation collective autour d’un Bastaraud tête première et un Plisson tout pied devant. Pire, notre mêlée se fait même défoncer par deux fois.

Mais oui, je ne rêvais pas, le XV tricolore jouait tous les ballons à l’aveugle.

Même Doussain devant les perches manquait la cible par deux fois, mal orienté sans doute par son tee-chien de non-voyant. C’est au tour de Plisson de viser le drapeau de coin dans une tentative malvoyante de drop trop croisé.

Plus tard, la brave bête, le nez dans le gazon, ajustera le tir et permettra au buteur toulousain de prendre le score par trois fois.

Whaf whaf ! 9-3 à la mi-temps, on est perplexe dans les tribunes comme derrière nos écrans, sauf pour les chanceux à la description détaillée dans les oreilles qui apprécient la stratégie de PSA en cette première mi-temps.

A quoi ils jouent ?

J’insiste mais tout le monde semble faire la sourde oreille à ma question chez les commentateurs aveugles de France 2 à peine interpellés par le non jeu de l’équipe de France.

Mais voilà, au retour des vestiaires nos Bleus, blancs comme neige, normal ils ne se sont pas mouillé jusque-là, ouvrent enfin les yeux... une illumination... un miracle !

Douze minutes, pas plus. Juste le temps pour Picamoles de s’agacer de l’inaction de ses trois-quarts et après un excellent travail de son pack, seule grande satisfaction de ce XV-là, se saisit tout seul du ballon et va s’arracher jusqu’à la ligne d’en-but. Et de un !

Vexé, Fofana fait de même, deux minutes plus tard,

« Ah bon, on peut y aller tout seul ? »

et s’envole littéralement pour aller inscrire un essai Twickenhamesque. Doussain ajustait une deuxième transformation et la France prenait ses aises au tableau d'affichage (23-3).

Qu’à cela ne tienne, cinq minutes plus tard, le même Fofana, content de ne pas avoir à écouter les consignes de son staff sans doute, interceptait un bon ballon des italiens et s’en allait mystifier la défense ritale aux aboies, sur 50 mètres, le temps de la fixer et de donner à Huget qui fit de même et donna la balle d’essai au jeune Bonneval, tout heureux de marquer pour sa première sélection.

La France s’envolait au score (30-3) avec son chevalier du ciel providentiel, tout feu tout flamme, Fofana, logique talent d’or.

Et puis plus rien. Ou si, la reprise de la gesticulation collective qui profitait plus à l’adversaire du jour, humble, combatif, qui avec l’entrée d’Orquera, animera la fin de match dans des actions construites comme on n’en a encore jamais vues ici au Stade de France.

Des passes, des sautées, des chisteras même, on s’en régale, on croit rêver... des bleus qui savent jouer, mazette !

oui mais ces bleus-là et l'essai abouti sont italiens. Un essai mérité et qui laisse à penser qu’il serait grand temps de se mettre à jouer si on ne veut pas compter que sur la chance pour remporter des matchs… et surtout le grand Chelem qui nous ouvre sa voie !

Au royaume des aveugles ce dimanche, même le borgne était coi !

A quoi vous jouez, monsieur Saint-André ?

Parce qu’à Cardiff dans quinze jours, il faudra se sortir les doigts du cul qu’on a eu jusque-là et penser sérieusement à se faire des passes, des vraies !

En attendant, je nous laisse savourer cette deuxième victoire et cette première place, y a longtemps que ça ne nous était pas arrivé.

 

Irlande – Pays de Galles          26 – 3

Ce samedi après-midi la pelouse de l’Aviva Stadium avait des allures de cage aux lions. Des Lions Britanniques, bien sûr, qui la composaient aux deux tiers.

Ce combat entre fauves avait de quoi nous allécher. On restera pourtant sur notre faim.

Car à regarder les Diables Rouges se brûler dans l’enfer de leur propre jeu, il y avait de quoi être verts de rage pour les supporters gallois. Inexistant, brouillon, le double tenant du titre n’a rien montré et ne valait pas grand chose, tout juste un Halfpenny, le seul qui est sorti du lot en offrant trois maigres points à son équipe.

Le XV du Trèfle, lui, irréprochable dans l’engagement, concrétisant deux beaux essais, sous la houlette et le pied appliqué d’un Sexton maître d’œuvre, peut poursuivre son parcours, déterminé à décrocher le graal au Stade de France en passant inexorablement par Twickenham.

Qu’on se le dise, la bande à O’Driscoll et O’Connell sont capables de le faire !

 

Ecosse – Angleterre               0 – 20

Epines contre épines, le XV de la Rose a décimé celles du XV du Chardon !

Les Rosbifs, malgré leur défaite à Paris la semaine passée, ont démontré dans un math plein à Murayfield qu’ils étaient bien au dessus du lot, même avec un Farrel pas toujours très adroit au pied.

Fanny les écossais, on ne voit pas comment il aurait pu en être autrement tellement ils n’ont jamais réussi à franchir le rideau défensif anglais. L’addition aurait même pu être plus salée, le troisième essai du XV de sa Majesté ayant chauffé durant les dix dernières minutes, en vain.

La prochaine journée dans quinze jours promet d’être palpitante avec le déplacement des Bleus au Pays de Galles et des verts en Angleterre. Ces derniers auront un vrai défi à relever à Twickenham tandis que les gallois que l’on a vus jusque-là, même au Millénnium Stadium, sont à la portée d’une équipe de France qui se décide enfin à jouer.

On a hâte d’y être… Surtout à Cardiff car avec quelques-uns on y sera !

 

Le top 14 en bref…

Cette 18ème journée en doublon aura été épique. Que faut-il en retenir ?

Le retour en pleine forme de Parra qui dans le duel de tête amputé des internationaux entre Clermont et le Stade Français a marqué tous les points de son équipe pour offrir la 72ème victoire d’affilée des auvergnats dans leur enceinte imprenable (25-13).

Son retour en équipe de France devrait être imminent tant son expérience et sa qualité au pied pourraient être déterminantes dès Cardiff.

Le retour inespéré des toulonnais à Mayol face à des biarrots courageux et appliqués menant jusqu’à l’heure de jeu. Toulon l’emportera dans les dernières minutes grâce à l’essai providentiel de Giteau (encore lui) au grand désespoir de Biarritz qui s’est écroulé sur un coup du sort et repart sans le moindre point quand les varois obtiennent même le bonus offensif à la dernière minute par un nouvel essai de Delon Armitage (33-20).

Ils sont fous ces varois !

L’exploit incroyable de Montpellier à Toulouse, avec cette pénalité de la gagne de Paillaugue qui crucifie le groupe de Guy Novès, déjà mal en point pour former un XV de départ compétitif face à des montpelliérains bien en place (15-12).

C’est vraiment trop injuste !

L’exploit manqué de Oyonnax à Castres d’un tout petit point après avoir inscrit l’essai le plus rapide du TOP 14 au bout de onze secondes (16-17).

La victoire qui file sous le nez de Perpignan au profit du Racing Métro, dominé pourtant et tout heureux d’égaliser en fin de match (19-19).

Dur pour les catalans !

La déculottée de Grenoble à Bordeaux qui, fraîchement entré dans le TOP 6, tombe de son piédestal (20-33).

La victoire petit-bras de Bayonne contre Brive, ces derniers se contentant du bonus défensif (9-6).

Au classement, Clermont reprend les rênes devant le Stade Français, Castres et Montpellier, chacun à deux longueurs de son poursuivant.

Derrière, Toulon (à un point), puis Grenoble et Toulouse (ex-aequo, à trois points) ferment la marche du TOP 6 qualificatif pour la phase finale.

Le Racing Métro et Bordeaux s’en rapprochent mais ne perdent pas de vue que le maintien les concerne tout autant que les cinq derniers dont Biarritz qui, avec autant de points de retard que de points au compteur, semble empêtré pour de bon.

Oyonnax accompagne les biarrots en PRO D2, mais qui avec un match de retard, a toutes ses chances de rattraper Bayonne, Perpignan ou Brive dans son collimateur.

A huit journées de la fin et en plein tournoi des VI nations, le championnat n’a pas fini de nous surprendre, voire de nous agacer, tant il apparaît de plus en plus inéquitable. A suivre…

 

La semaine prochaine…

Le tournoi fait une pause mais conserve l'immobilité de ses internationaux. Le TOP 14 devra donc continuer à faire sans pour sa 19ème journée. Ca promet !

A suivre tout de même dès vendredi 14 février :

  • Grenoble – Clermont, à 20h45 (C+ sport) : ma déclaration.

Puis samedi 15 février :

  • Toulon – Castres, à 14h55 (C+) : retrouver le podium,
  • Biarritz – Toulouse, à 18h30 (r+) : en mal de résultats,
  • Montpellier – Perpignan, à 18h30 (r+) : garder le cap,
  • Oyonnax – Bordeaux, à 18h30 (r+) : pour le maintien,
  • Racing Métro – Bayonne, à 18h30 (r+) : monter dans la barque à six places.
  • Brive – Stade Français, à 20h35 (c+ sport) : tenir ce Paris-là.