La part des anges !

VI Nations... 4ème journée,                  Ecosse – France    17 – 19

La part des anges

C’est la seule explication qui semble émaner des effusions confuses  du sélectionneur.

Quand on sait ce que fut le jeu de l’équipe de France vieilli depuis deux ans en déchets jusqu’à ce samedi soir, on peut penser qu’une partie du volume de jeu développé lors de la dernière coupe du monde s’est évaporé durant tout ce temps.

C’est ce qu’on appelle au pays du whisky, la part des anges.

Alors puisque les anges nous ont pris le meilleur de notre jeu, pas étonnant que depuis l’ère Saint-André, il ne nous reste que la part du pauvre, au point que le sélectionneur dépité lâche un pitoyable : « On fait avec les moyens du bord ! ». 

A défaut des forts du centre, voulait-il sans doute souligner, en l’absence de la paire Fritz-Fofana.

Non, il ne voulait rien souligner du tout car il ne semble pas avoir de règle dans ses schémas de jeu, recopiés par un Lagisquet, rapporteur compatissant, cherchant encore la bonne formule pour résoudre des équations imbitables à quinze inconnues.

Un peu de sérieux !

Parce qu’encore une fois, on gagne en Ecosse avec une énorme part de chance ou de vol, dixit toute la presse internationale, sans que les Bleus n’aient pris part à une forme de jeu quelle qu’elle soit. 

Pas de quoi être aux anges !

Pourtant on mène au bout de dix minutes grâce à la botte de Machenaud, réglée à deux reprises impeccablement entre les perches. Ca commence pas trop mal.

Quand soudain, un ange passe.

Les yeux en l’air, une balle qui retombe, Huget et Dulin qui se télescopent et Hogg qui aplatit... lunaire !

Laidlaw transforme, les écossais sont devant (7-6). Nouvelle pénalité, nouvel espoir pour Machenaud et les siens (7-9).

Un nouvel ange passe, en jeu de passes, combinaison géniale, Seymour jaillit comme la lumière et transperce le rideau défensif qui ne fait pas un pli dans le XV tricolore, à l’image de son ouvreur qui lui tient la porte pour entrer dans l'en-but. Laidlaw une nouvelle fois bonifie l’essai et positionne le XV du Chardon en tête jusqu’à la pause (14-9).

Une première mi-temps où la mêlée et surtout la touche, qui a été calamiteuse dans ses lancers (pauvre « Mach in touch », complètement pommé), nous privent d’une conquête propre et efficace, les quelques rares sorties de balles de Machenaud n’apportant aucun danger tellement on a joué encore une fois arrêté, subissant des turn-overs systématiques lors des mauls pris au pièges de la défense écossaise.

Ecosse France 2014

Le second acte trouve l’illumination pour les Bleus sur une interception sublime de Huget qui met les cannes sur 100 mètres jusqu’à l’en-but. Seul Usain Bolt aurait pu le rattraper. Machenaud transforme sans peine (14-16).

Essai illusoire tant le reste de la rencontre a été un ramassis de jeu improvisé, mettant les avants à mal en mêlées ou en pilonnage vain derrière les attaques de l'inglourious Bastaraud. Les quelques fulgurances de Dulin ou Huget ne trouveront jamais le soutien ou le relais qu’elles auraient mérité.

Pire, les ballons rendus aux pieds désespérés et désespérants de Plisson puis de Talès donnent la part belle au jeu écossais décomplexé mais en mal de finition. Et c’est logiquement que le XV de France se fait pénaliser et permet à Weir, qui a repris le tir après quelques échecs de son buteur attitré, de donner l’avantage à son équipe à l’heure de jeu (17-16).

Les français serrent les fesses, sans ambitions réelles, Fickou toujours sur le banc, quand sur le pré, pas une action d’envergure, pas deux temps de jeu successifs pour créer du danger. On enrage !

D'autres supplient des yeux l’arbitre pour qu’il siffle une pénalité. Il ne bronche pas.

« Use it, bordel ! », on a envie aussi de crier avec lui. Jouez !

Rien à faire, mais l’arbitre (sans doute par pitié) accordera la pénalité de la gagne à un Doussain tout juste entré en jeu. 15 mètres face au poteau, la trouille au ventre, on lui tiendra même le ballon, le demi de mêlée toulousain passant et offrant une victoire médiocre à nos Bleus sur le fil... d'un rugby décousu qui déshabille au fil des rencontres notre quinze de France et se résume désormais en un seul mot :

Hourra ! ... les yeux rivés au ciel, cherchant cette part de rugby évaporé qui doit faire le bonheur des anges et de nos anciens disparus qui en avaient sans doute marre de se retourner dans leurs tombes à voir PSA le piétiner, ce french flair qui a fait sa renommée.

Et s’il tendait un peu l’oreille, notre sélectionneur, je suis sûr qu'il pourrait entendre les anges lui tutoyer :

« Pars ! »

 

Irlande – Italie     46 – 7

Quelle fête à Dublin pour la dernière d'O'Driscoll !

En vert et contre toute résistance héroïque, le beau rugby continue de dérouler son tapis d'un jeu puissant et abouti jusqu'au Stade de France, à faire pâlir les attaques en berne outre Manche, et y cueillir les lauriers d'une gloire qui ne saurait lui échapper.

Pourtant, menés que de 10 points à la mi-temps, les italiens n'ont pas démérité, rivalisant d'ambitions et de beau jeu avec un superbe essai de Sarto sur son aile en première période. La seconde aura été une démonstration du rouleau compresseur irlandais, dans une euphorie totale des joueurs en communion avec leur public qui pouvait exulter et savourer les septs essais en hommage à la dernière d'un monument du rugby.

Nos Bleus ont du souci à se faire s'ils continuent à refuser de jouer. 

 

Angleterre – Pays de Galles     29 – 18

A Twickenham aussi, le spectacle était au rendez-vous !

Cinq minutes auront suffi pour donner le ton dans ce match, la surpuissance de l'attaque anglaise associée à la filouterie de Dany Care et le XV de la Rose se lançait impeccablement vers une victoire promise.

Le duel entre Halfpenny et Farrell aura été un grand festival de buteurs à l'avantage du gallois quand dans le jeu les anglais compensaient leurs fautes et confirmaient leur supériorité par un nouvel essai de Burrell, cinq minutes avant la pause.

Un rythme fou s'installe en seconde période entre les deux fomations, les gallois montrant de belles intentions, il s'en faut de peu que la paire de centres Davies-Roberts ne trouve la faille dans la défense anglaise. Trop de maladresses et d'imprécisions, et un Mike Brown impérial, à l'image des trois-quarts du XV de sa Majesté, intenables !

L'Angleterre remporte la triple couronne avec brio. Pour le titre, c'est une autre histoire !

 

Au classement, Irlande, Angleterre et France se partagent désormais la première place avec chacun 6 points et un écart au goal-average de 49 points entre les deux premiers et de 29 entre les deux derniers.

Pour l'emporter seule l'Irlande peut ne compter que sur elle-même, quand l'Angleterre doit en plus compter sur la France qui elle doit aussi compter sur l'Italie qui elle doit battre les anglais pour ne pas finir cuiller de bois.

Le Pays de Galles (4 pts) qui vient de céder son titre, occupe la quatrième place quand l'Italie, avec zéro point, ferme toujours la marche derrière l'Ecosse (2 pts).

 

La semaine prochaine…

Le tournoi nous délivre son verdict, sa sentence envers notre XV de France, cap ou pas cap de défier la bande à O’Driscoll en pleine bourre au Stade de France…

J’ai ma conviction, pas défaitiste dans l’âme, ni résigné, mais avec une véritable envie que la meilleure équipe de ce tournoi soit sacrée ici à Paris et pas là-bas à Rome, si vous voyez ce que je veux dire… Allez l’Irlande !

A suivre samedi sur France 2, dans la même foulée :

  • Italie – Angleterre, à 13h30 : on ne sait jamais,
  • Pays de Galles – Ecosse, à 15h45 : bien finir,
  • France – Irlande, à 18h : la rouste du salut ?