Halte à l'IVG !

C'est en regardant ce week-end le rugby à 7 après avoir subi l'ennui et la violence de deux finales européennes du rugby à XV que j'ai décidé de pousser ce petit coup de gueule.

Rassurez-vous, si je vais vous parler d'avortement, c'est uniquement dans le but de défendre ce sport du ballon ovale qui me tient à coeur et qui accouche chaque week-end de jeux malformés, sans vie parfois ou qui laissent à l'infirmerie de nombreux joueurs-porteurs (de ballon), et pas des moindres.

Je veux parler du rugby à XV.

Dan carter

 

Préambule

Si les femmes ont aujourd'hui, et il est heureux, cette liberté de pouvoir interrompre une grossesse non désirée pour les raisons qui leur appartiennent, il m'appartient à moi, au nom du rugby et du jeu qui en fait sa beauté, de dénoncer un phénomène inverse qui prend des proportions inquiétantes dans notre rugby moderne...

C'est l'Interruption Volontaire de Génies !

J'entends par "génies" ces joueurs extraordinaires qui, d'un coup de pied par dessus, d'une passe sautée ou d'une chistéra font naitre un jeu flamboyant qui, une fois dans l'en-but, nous met dans une joie intense.

Le rugby à 7 nous offre plus de spectacle en 2 fois 7 minutes qu'un match de rugby à XV que l'on endure pendant 80 minutes.

La faute à l'enjeu qui tue le jeu et menace aujourd'hui ces génies au nom de la sacro sainte défense inversée.

Qu'est-ce que c'est ?

Imaginez, mesdames, que vous désiriez une grossesse et que sans prévenir, avant même que vous receviez le résultat du test, une armada de chirurgiens vous plaque sur le billard et tue le bébé dans l'oeuf.

C'est la stratégie adoptée dans la plupart des équipes de haut niveau qui, pour ne pas perdre, renoncent à faire vivre le ballon et s'appliquent à anéantir toutes les vélléités de jeu offensif de l'adversaire, ce pour quoi vous êtes venus au stade.

Les deux meilleures d'entre elles étaient en finale de la Champions Cup ce week-end. Lire ici >>

Pour quel résultat ?

Une finale sans essais et des génies à l'infirmerie. Désastreux !

Dan Carter (Racing 92), meilleur joueur du monde, créateur de jeu et de frissons qui nous a régalé lors de la dernière finale de Coupe du monde, marchait comme un vieux avec une canne avant la finale et a du sortir pendant, faute d'être à 100% avec un mollet déchiré.

Maxime Machenaud (Racing 92), meilleur demi de mêlée français, à son apogée cette saison, accélérateur de jeu, chef de meute de ses avants, doit sortir pour un protocole commotion suite à un ultime choc violent à la tête. Il ne reviendra pas.

Et ce phénomène n'a rien de nouveau.

Sexton commotion

Fred Michalak, François Trinh Duc, Morgan Parra, Matt Giteau, Johnattan Sexton, pour ne citer qu'eux, cumulent leur indisponibilité sur les terrains, pour des blessures à répétitions et de plus en plus de commotions cérébrales inquiétantes, notamment pour ce dernier.

Sexton, meilleur ouvreur du monde avec Carter, pourrait être contraint d'arrêter sa carrière.

Est-ce normal ?

La faute à une défense systématique et féroce qui vise ces génies, mais pas que.

La faute aussi à l'accumulation de matches de plus en plus éprouvants pour les organismes (fractures en tout genre, rupture de ligaments, ischios-jambiers et autre mollet de génie).

 

Ma solution ?

S'inspirer des règles du rugby à 7 et privilégier ce qui fait l'intérêt d'un sport pour le public, comme j'ai pu m'en régaler dimanche : 

le jeu et le spectacle.

Dans les îles du Pacifique (Fidji, Samoa, Nouvelle-Zélande...), ils ont toujours eu cette culture du jeu spectaculaire qui fait leur domination dans le Sevens mais qui est menacée dans le rugby à XV par le modèle sud-africain.

  • Un modèle ultra défensif conçu pour casser toute vélléité offensive et que les règles du rugby mondial favorisent allégrement. 
  • Un modèle repris en Europe par les Britanniques d'abord avant que des Laporte, P. Saint-André ou encore le duo Travers & Labit ne le pratiquent en France, au détriment du French-Flair, égaré.

 

Deux axes d'amélioration donc, me viennent à l'esprit, inspirés du 7 :

1- mettre fin à la défense inversée

Priorité à l'attaque.

Sanctionner tout joueur qui monte sur un attaquant avant qu'il ait reçu la balle. Juste une seconde de répit pour un "génie" et l'action n'est plus la même !

Il ne peut être toléré un plaquage simultané avec la réception de la balle de l'attaquant. Faire respecter scrupuleusement la ligne de hors-jeu en favorisant l'attaque en cas de "à la limite" me paraît un minimum.

Oui, j'en conviens. Ce sera plus difficile de défendre et il va y avoir des espaces pour la ligne d'attaque. C'est le but.

Comme au rugby à 7, personne ne s'offusque de prendre des essais. Peu importe, si vous avez en place une stratégie pour en marquer plus que votre adversaire. C'est la culture du Super Rugby du Sud.

 

2 - réduire le temps de jeu à 30, voire 20 minutes par période.

L'intérêt ? C'est moins éprouvant pour les organismes.

Cela permet à un joueur d'enchainer plus facilement chaque week-end, toutes compétitions confondues (TOP 14, Coupe d'Europe, International).

Un joueur ne veut pas choisir entre un Brennus, une Coupe d'Europe, une Coupe du monde ou un VI nations.
Il faut lui permettre de pouvoir tout jouer en diminuant son temps de jeu par match.
Reste à trouver un calendrier sans doublons en modifiant les formules de chaque compétition. 
Par exemple les tournois internationaux pourraient se jouer dans un délai plus court en enchainant 2 matchs de 2x20 minutes par semaine.

Comme au rugby à 7, c'est aussi une incitation à jouer plus vite... pour marquer plus vite.

Finis les matches à rallonge où il ne se passe rien, où le jeu se terre dans des mêlées interminables ou derrière des ballons portés.

 

Au final, si le jeu devient moins axé sur la défense et dure moins longtemps, il y aura sans doute moins de chocs, plus de courses balle en main et une évolution des stratégies où les génies retrouveront tout leur potentiel pour faire renaitre le jeu de ses cendres. 

 

J'espère bien que vous n'êtes pas d'accord, et que ce coup de gueule vous fera réagir ! ;-)