Les tontons flambeurs...

TOP 14... 3ème journée                         Stade Français – Clermont        30 – 30

Jules Plisson aux commandes !

Ou quand le rugby fait du Audiard.

En ouverture de cette troisième journée, Clermont et Paris nous ont offert un drôle de match nul au scénario haletant et aux répliques à couper le souffle… qui resteront cultes cette saison.

Les joueurs ont enflammé le pré "grand-écran" de Jean-Bouin. Dès le générique passé, les balles ont sifflé de partout, sous un soleil de plomb. Le film a démarré à cent à l’heure, côté parisien.

« Bougez pas ! Les mains sur la table. Je vous préviens qu'on a la puissance de feu d'un croiseur et des flingues de concours. »

Doumayrou faisait une entrée fracassante balle au poing, crucifiant deux fois la défense clermontoise et offrant un nouveau coup fatal à Camara après une chevauchée fantastique. Trois essais en moins de trente minutes.

On a craint le carnage du côté des visiteurs.

« Trois morts subites en moins d'une demi-heure, ah ça part sévère les droits de succession. »

Pourtant ce n’est pas les occasions qui ont manqué côté clermontois après un début poussif…

« Je serais d'avis qu'on aborde molo, des fois qu'on soit un peu attendus. mais, sans vous commander, si vous restiez un peu en retrait… hein ? »

Sauf que Rougerie, première gâchette chez les Jaunards, dix ans de labeur, de nuit comme de jour, et sans un accroc, n’était pas de cet avis.

« N'empêche qu'à la retraite de Russie, c'est les mecs qui étaient à la traîne qui ont été repassés ! »

Le vétéran asémiste a sorti alors la grosse artillerie de ses jambes de feu et a lancé les hostilités. En vain, la finition n’y était pas. Par manque de soutien et de concentration.

« Si on bricolait plus souvent, on aurait moins la tête aux bêtises. »

Pourtant en première période les Auvergnats ont inscrit trois essais dont seul le dernier sera accordé sur un ballon porté conclu proprement (cette fois) par Jedrasiak.

Car le premier était entaché d’un en-avant de Fernandez selon l'arbitrage vidéo. Soit. De quoi titiller les nerfs du Jaune et Bleu quand on connaît son récent passé demi-finaliste.

« Il faut bien admettre qu'exceptionnellement, Dieu n'est pas avec nous ! » 

Sur le second, Lapandry est accusé d'avoir marqué en deux temps. Ben voyons ! Les Parisiens ont eu chaud, faut bien le reconnaître.

« Je ne dis pas que c'est pas injuste, je dis que ça soulage ! »

En deuxième période le ton est logiquement monté d’un cran chez les Jaunards qui ont remis leur jeu en place et monopolisé la balle.

« Ça va changer vite, c'est moi qui vous le dis ; la boîte que je vais lui trouver, va falloir qu'elle y reste, croyez-moi! Ou sinon, je vais la filer chez les dresseurs, les vrais, pension au bagne avec le réveil au clairon et tout le toutim, non mais sans blague !? »

Parra et Spedding ont enquillé au pied les pénalités que les fautes parisiennes leur offraient, menant  logiquement à l’heure de jeu tant leur domination était incontestable.

« Vous n'êtes jamais en proie au vague à l'âme, Monsieur 'Ferrand' ? »

Les Auvergnats ne doutaient pas, non. Mais Plisson répliquait aussitôt pour repasser devant, non sans narguer son adversaire.

« La bave du crapaud n'empêche pas la caravane de passer ! »

Oui mais à dix minutes de la fin, Fritz Lee faisait la différence tout seul, surgissant derrière l’alignement de la touche pour filer droit dans l’en-but et inscrire le deuxième essai clermontois. Le pied c’est bien, mais pour marquer il faut parfois aller au combat, semblait-il signifier à ses coéquipiers.

« Seulement, de nos jours, il y a de moins en moins de techniciens pour le combat à pied. L'esprit fantassin n'existe plus, c'est un tort. »

On les croyait faits comme des rats, ces parigots « têtes de veaux », mais une ultime rasade au vitriol en a décidé autrement et a décimé la défense auvergnate offrant à Waisea l’essai de l’égalisation après la transformation de Plisson.

« Faut r'connaître... c'est du brutal ! »

La dernière munition est un feu d’artifices d’occasions de part et d’autre qui pouvait déboucher sur n’importe quel vainqueur. Une fin en apothéose pour un film aussi spectaculaire que déjanté d'où seul le spectateur est sorti vainqueur.

Paris peut avoir des regrets au vu de son début de rencontre tonitruante. Mais le club de la capitale peut s’estimer surtout heureux de revenir sur la fin.

« Y'a vingt piges, le 'Parisien', tout le monde l'aurait donné à cent contre un : flingué à la surprise. Mais c't'homme là, ce qui l'a sauvé, c'est sa psychologie. »

Ce sont donc bien les Clermontois qui peuvent se mordre les doigts de n’avoir pas réalisé le même coup parfait que le week-end dernier. Mais peu importe car…

« Le prix s’oublie, la qualité reste ! »

 (à noter que Clermont s'était déjà illustré lors de la première journée à La Rochelle sur le même score spectaculaire et nul, 30-30. Dingue !)

 

En bref...

Toulon (11) – Brive (1)                                   21 – 25

Mayol en berne

Que dire de cette première affiche dans un stade de Mayol qui était en travaux, mais bien moins que ne semblait l'être le XV toulonnais au jeu délabré, à l'envie raffistolée et aux plaies béantes dans tous les secteurs du jeu.

Apathiques, comme on les a déjà connus par moments ces Varois, la saison passée. Aucune joie sur les visages, aucun automatisme dans les actions. Seul l'automate Halfpenny a fait son job, comme l'aurait programmé un ingénieur japonais sur un robot intelligent. 7 réalisations parfaites.

Pathétique, cette récidive d'une nonchalance caractérisée avec ces stars devenues les ombres d'elles-mêmes. Nonu pourrait jouer en Fédérale que l'on ne s'en étonnerait que par son look océanien. Bastareaud est allé au bout de ses capacités et l'agressivité de la troisième ligne au bout de son imagination.

Bref, les Brivistes ont profité du jeu en berne des triples champions d'Europe pour réaliser le coup parfait à Mayol. Et pourtant, à 15 contre 13, ils n'ont pas su tuer le match après le seul essai, un essai de pénalité à la demi-heure de jeu. Germain assurera le minimum.

Toulon n'est pas encore en crise, ce n'est que la troisième journée, et il sortait d'une victoire à Pau. Il faut raison garder et ne pas jeter le gros bébé qui a acheté ce club avec l'eau du bain. Car Boudjellal pique déjà la sienne, de crise, comme un gosse prêt à ramasser le ballon et à dire "on ne joue plus", parce qu'il n'a pas gagné comme il aurait voulu.

Il veut se licencier, paraît-il. Très drôle ! Tout le monde ne peut pas faire du Audiard.

 

Castres (8) – La Rochelle (2)                        18 – 26

Toutes voiles dehors !

A La Rochelle, il n'y a pas de temps à perdre. On sait ce que veut dire prendre le large tant que le vent est bon.

Invaincus, comme les Brivistes et les Clermontois, les Maritimes tiennent bon la vague et le vent, à domicile mais surout à l'extérieur.

Ils enregistrent leur dexième victoire consécutive hors de leur port, avec une réussite totale quand leurs adversaires semblent subir le mauvais sort.

Les Maritimes ont su concrétiser leur opportunisme à deux reprises par Jordaan et Barry pour répondre à Mach et Mafi et ne pas sombrer dans un match piège chez des Castrais, réputés invincibles à domicile. Ce sont au contraire les locaux qui ont subi dans le jeu et au score, ne parvenant pas à passer la ligne de défense rochelaise, solidaire et héroïque, et dont les fautes ne récompensaient pas le buteur tarnais remplaçant (Dumora) en manque totale de réussite (0/3).

9 points qui au final font mal aux Castrais, privés de victoire et de bonus défensif. Les Maritimes marchent plus sur l'eau qu'ils ne naviguent dessus.

Le vent en poupe ils se hissent logiquement au niveau des Brivistes, à la première place.

 

Pau (9) – Bayonne (10)                                   25 – 9

Déséquilibré...

Le match a basculé au bout d'un quart d'heure quand monsieur Cardona sanctionnait le pilier basque (Schuster) d'un carton rouge pour, précise t-il, "une charge volontaire sur un joueur au sol, pouvant nuire à son intégrité physique", sur un ruck.

Alors qu'il menaient 6-0, à 14 contre 15 désormais, les Bayonnais n'ont pas tenu face à des Palois qui avaient besoin de se racheter après leur défaite à domicile face à Toulon.

Un premier essai sur une mêlée déséquilibrée, Coughlan aplatissant derrière l'en-but, puis deux autres en fin de rencontre par Votu et Taylor après que les visiteurs aient résisté comme ils ont pu durant plus d'une heure, Colin Slade se chargeant de passer quelques pénalités entre.

Une fin et un bonus offensif bien heureux pour les locaux qui peuvent remercier monsieur Cardona pour cette décision très sévère contre les Basques et qui pose question. On se souvient de la sortie de Machenaud en finale qui avait changé la physionomie du match... même si cela avait été en faveur de l'équipe sanctionnée. Mais un pack diminué c'est plus difficile à compenser qu'un demi de mêlée. 

Espérons qu'au moins Schuster aura compris la leçon après sa probable suspension.

 

Lyon (7) – Grenoble (14)                                32 – 13

Un retour en force!

Fort de sa détermination dès l'entame et de sa mêlée tout du long, Lyon a mangé tout cru Grenoble qui n’a pu compter que sur son seul marqueur d'essais, l'incontournable Aplon (déjà à 4).

Deux essais d'entrée par Bruni et Harris avant que Aplon et Wisniewski ne recollent à 4 points à la pause. Mais l'illusion sera de courte durée.

En seconde période, les avants ont fait le travail à l'image de Fearns qui s'offrira un doublé et le bonus offensif aux siens quand Nalaga se verra refuser le sien (de doublé) apportant à cette équipe lyonnaise tout son tonus offensif.

Il n'y a pas eu photo donc, comme il n'y a pas eu de derby. Grenoble et Lyon sont de la même région, c'est tout. Même au classement ils font désormais bande à part, les Isérois restent dans le rouge, à la dernière place, tandis que les Rhodaniens respirent avec le peloton en course au TOP6.

 

Racing 92 (3) – Toulouse (5)                        28 – 14

La marque du champion

Dimanche soir en clôture de cette troisième journée, les Toulousains retrouvaient l'antre de Colombes qui les avait vu échouer en barrages la saison dernière face au futur champion d'alors.

Cette fois le champion a mis le temps et la manière pour faire valoir son titre en inscrivant 3 essais, dans 3 styles différents.

Un premier sur ballon porté qui a débouché sur un essai de pénalité. Le second sur une percée de Machenaud conclue en force par Le Roux et le troisième sur une course de Imhoff en solitaire. En deux temps forts, le premier et le dernier quart d'heure.

Les Toulousains ont néanmoins beaucoup tenté, à l'image de Huget ou Guitoune (auteur du seul essai haut-garonnais), mais avec beaucoup trop de déchets et peu de réussite au pied du buteur maison, Marques, pas plus inspiré dans le jeu.

Le leader redescend à la 5ème place derrière Clermont qui retrouvera à son tour son bourreau de phase finale, plus pour prendre les commandes du championnat que régler des comptes qui n'ont plus lieu d'être.

Mais quand même... si on pouvait leur montrer qui a la plus grosse... mêlée ;-)

 

Bordeaux (13) – Montpellier (12)                   15 – 32

Au pied du mur...

Les Bordelais n'ont jamais trouvé la faille pour franchir le mur que leur a présenté les Montpelliérains... Parce que, pour être franc, il n'y en avait pas.

La défense de la franchise sud-africaine en France a tout simplement été intraitable et patiente pour venir à bout de son adversaire qui n'a cessé de buter dedans s'en remettant au pied de Madigan pour grapiller des points.

Insuffisant ! Quand les Montpelliérains ont fait preuve de pragmatisme et d'opportunisme sur deux occasions franches, en deux temps trois mouvements bien orchestrés par leurs trois-quarts.

Mogg d'abord en début de rencontre puis Dumoulin en toute fin, chacun surprenant des Bordelais qui s'étaient laissés endormir.

Montpellier avait à coeur de réagir après sa défaite à domicile face à Clermont et a prouvé encore une fois que son jeu était toujours efficace à défaut d'être spectaculaire. Quoi de plus normal...

On ne va pas demander à un maçon de casser des briques pendant qu'il construit son mur.

Les deux équipes flirtent côte à côte dans la zone relégable devant Grenoble.

 

(entre parenthèses, le rang du nouveau classement après cette journée)

Tous les résultats officiels du week-end >>

 

La semaine prochaine…

C'est le retour du IV Nations pour accompagner le TOP 14...

comme un grand cru accompagnerait une salade verte.

Car il est difficile de s'y retrouver dans ce début de saison topquatorzien où les outsiders ont pris les rênes du championnat quand certaines grosses écuries en sont encore à ferrer leurs pur-sang. On n'est qu'à la 4ème journée et déjà l'urgence de résultat se fait sentir pour ne pas se laisser distancer. 

Tandis que du côté de l'hémisphère sud, la hiérarchie est claire. Il y a un roi et des sujets qui prétendent à la seconde place.

 

Au programme du TOP 14 à partir de samedi 10 septembre :

  • Stade Français – Castres, à 14h45 (C+ sport) : besoin de se relancer,
  • Montpellier – Pau, à 18h30 (r+) : laisser le bon temps rouler-compresser,
  • La Rochelle – Lyon, à 18h30 (r+) : garder la tête froide,
  • Bordeaux – Bayonne, à 18h30 (r+) : devoir de résultats,
  • Clermont – Racing 92, à 20h45 (C+ sport) : plus que des retrouvailles.

Puis dimanche 11 septembre :

  • Grenoble – Brive, à 12h30 (C+ sport) : le match des extrêmes.
  • Toulouse – Toulon, à 16h15 (C+) : un choc inattendu.

 

Au programme du IV Nations, samedi 10 septembre :

  • Nouvelle-Zélande – Argentine, 9h35 : quand Goliath reçoit David,
  • Australie – Afrique du Sud, 12h05 : au pied du mur.