Monsieur Rougerie...

TOP 14... 26ème journée                            Clermont – Toulouse      36 – 26

MERCI RORO ! (crédit photo ASM-rugby)

À l'heure de ta révérence !

Quand tu n’as plus assez de cran
Pour trouver tout le temps du courage
Après avoir mis vingt ans
À croire que tout était mirage
Tu tires ta révérence... ta révérence !

Maint’nant que ton club est grand
Qu’il n’a plus besoin de toi
Qu’à tous ces gens qui t’aimaient
Tu as tout donné de toi
Tu leur tires ta révérence... ta révérence

Tout’ une vie... d’un rugby... qui fout le camp.

Un homme un cœur un club

Ce samedi soir, j’ai été particulièrement ému de voir notre Roro national (et régional) tirer sa révérence dans un stade Marcel-Michelin tout à sa gloire et face à un Stade Toulousain en invité privilégié (lui le bourreau d'une vie) pour cette dernière journée officielle de la saison.

Les Toulousains n’avaient rien à espérer d’une victoire qui n'aurait pas suffi pour décrocher une qualification directe en demie (le Racing ayant les cartes en mains pour conserver la place), ni à craindre d’une défaite qui augurait au pire d’une quatrième place au sort identique à une troisième, c’est à dire le droit de jouer un barrage à domicile. Mais ils lui ont fait honneur en jouant le jeu à fond, offrant  des essais et du spectacle, même si l’enjeu était ailleurs.

Bref, le match a été débridé et a permis au jeu d’être le principal partenaire du premier rôle que tenait Aurélien dans le dernier film de sa carrière... Et quelle carrière ! 

31 saisons dans un même club, un ovni dans le monde professionnel.

Un homme avec un cœur plus gros que son égo, c’est ce que je retiendrai de celui avec qui je suis arrivé au rugby dans les années 2000.

Jusque-là, je ne suivais que le football qui me faisait rêver et qui avait fini par réaliser ce rêve avec France 98. Les années 2000 ont vu mon sport favori décliner avec une professionnalisation à l’excès et des sales gosses qui accoucheront de Knysna en 2010. J’avais changé de braquet entre temps. Les potes, le rugby, Clermont, tout mon environnement m’avait aidé à ouvrir les yeux.

Ça démarrait pourtant mal avec une première déception en finale contre Toulouse, en 2001. Roro, tout jeunot, était là, la silhouette, comme ses courses, longiligne et élancée, loin des corps surpuissants de nos ailiers.

Mais ça allait vite prendre avec l’euphorie d’un Grand Chelem dès l’année suivante.

Roro était là.

L’arrivée de Cotter allait valider mon ticket de supporter asémiste invétéré, tant le jeu prôné par le stratège néo-zélandais me ravissait autant qu’il me désolait dans cette série maudite de finales consécutives perdues de 2007 à 2009. Le Stade Français, le Stade Toulousain, encore, et Perpignan. Roro était toujours là, en bon perdant pour sa quatrième finale… moi aussi, rageant comme jamais de ne pas reconnaître le jeu de mon équipe.

Je ne pouvais m’empêcher de voir derrière ce blondinet malheureux, le rôle du pauvre Tom dans Le Riche et le Pauvre, joué par Nick Nolte dans les années 70, aussi maudit qu’attachant. Et je ne m’en détacherai plus… jusqu’au sacre, enfin – parce que ça se finit toujours bien dans les téléfilms américains – en 2010 contre ces arrogants Catalans qui se voyaient déjà champions parce que l’adversaire s’appelait Clermont. Et Roro était là, bien sûr, comment pouvait-il en être autrement pour son premier grand sacre après celui d’un Challenge Européen en 2007, le plus important...

Son premier Brennus, PUTAIN !

Et puis c’était reparti pour sept ans de malheur comme s’il fallait que Clermont soit puni d’avoir briser la glace de sa malédiction.

L’accession au sacre suprême européen n’aura été que de désillusion sur désillusion : quart de finale 2010, contre le Leinster (28-29, Brock James vendangeant tous les points), demi finale 2012, toujours contre le Leinster à Bordeaux (15-19), puis trois finales, en 2013 contre Toulon à Dublin (15-16), en 2015 toujours contre Toulon à Cardiff (18-24), en 2017 contre les Saracens à Édimbourg (17-28).

Quant à la quête d’un deuxième Brennus, rien n’y faisait, les absences et maladresses en phases finales laissant place parfois aux injustices, comme en 2016 cette fameuse demie contre le Racing, sacré champion.

2017 sera la bonne pour le second sacre national de Roro et son club, le dernier qui viendra compléter un palmarès de trois titres.

Concernant l'équipe de France, il avait déjà tiré sa révérence en 2015 avec ses 76 sélections, 23 essais, 3 coupes du monde (2003, 2007 et 2011) – respectivement deux fois demi-finaliste puis finaliste dans ce match injuste contre les All-Blacks où, avec ses coéquipiers, il n’était pas loin d’écrire le plus beau chapitre du rugby français. Mais monsieur Joubert avait un autre manuscrit entre les mains. Roro se contentera des 3 victoires au Tournoi des VI nations, dont deux grands chelems (2002 et  2010, il manquera celui de 2004).

Quelle carrière, je disais. Mais quel grand monsieur surtout !

Monsieur Rougerie est un exemple pour moi de ce que le rugby a produit de mieux durant mon existence. Bien entendu, il y a eu des précédents, je laisse les anciens nous parler des frères Boniface jusqu'à ses ainés, Rives, Betsen et Blanco.

Car cette génération qui prenait la relève des héros de la coupe du monde de 1999 (battant les All-Black et s’inclinant en finale contre les Wallabies) a été un pur gâchis, faute d’ambition, tuant le French-Flair dans l’œuf d’un rugby moderne basé sur le modèle défensif sud-africain que Laporte et Saint-André allaient adopter.

Pourtant la finale inespérée de 2011 montrait que cette génération riche des Dusautoir, Bonnaire, Harinordoquy, Servat, Mas, Nallet, Papé, Yachvili, Traille, Heymans, Poitrenaud, déjà retraités auxquels viennent s’ajouter aujourd’hui les Michalak, Clerc Fritz, Poux et bien sûr Roro, avait tout pour dominer le rugby mondial, après son grand Chelem européen en 2010.

Tous ces joueurs ne sont plus, Roro en incarnait un des derniers, même s’il reste encore quelques plus jeunes d’alors comme Picamoles, Szarzewski, Médard ou encore le minot Parra.

Avec lui, c’est toute une page du rugby qui se tourne.

Violence, jeu de puissance, rouleaux compresseurs, défenses resserrées, enjeux personnels et financiers, championnats faussés, vidéo excessive, décisions injustifiées, blessures et infirmeries pleines, le rugby pro d’aujourd’hui offre un piètre spectacle et ne fait plus rêver les parents qui voyaient à travers ce sport les valeurs pour parfaire l’éducation de leurs enfants en dehors de l’école et de la maison.

La discipline, la solidarité, le combat et un engagement sans faille... toutes ces valeurs qu'incarnait Rougerie. Il était un exemple pour tous, bien au delà de l'Auvergne.

Que va devenir l’ASM sans toi ? Parce que...

Un Michelin sans Rougerie c’est un peu comme une potée sans son chou.

Les Jaunards sans Roro, c’est un peu comme une truffade sans patate.

Alors le public auvergnat en a profité une dernière fois, samedi soir, de son chouchou qui avait encore la patate, dans son berceau du Michelin, lui offrant une ovation bien méritée, après un match très disputé. Roro sortira même le maillot ensanglanté, mais avec le sourire.

Il n’aura pas marqué son 95ème essai de la saison, restant loin derrière le 101ème de Clerc, inscrit ce même soir à Pau. Résultat : 4 essais Toulousains contre 3 Clermontois, le pied de Parra faisant le reste.

Et c’est le jeune Penaud qui le remplacera à la 55ème minute, comme un symbole d’une relève au destin aussi prometteur (on le lui souhaite), dans une allée d’honneur pleine de respect et d’émotions entre Clermontois et Toulousains mêlés, tous avec dans le cœur et au bout de la langue un seul mot:

Merci !

 

Les autres matches en bref…

Brive (14) – Bordeaux (10)                     22 – 20

Pau (8) – Toulon (4)                              38 – 26

Racing 92 (2) – Agen (11)                      42 – 13

Castres (6) – Oyonnax (13)                    54 – 3

La Rochelle (7) – Stade Français (12)   31 – 7

Lyon (5) – Montpellier (1)                    32 – 24

Status quo au classement après un suspense de ouf !

C’est bien Lyon et Castres qui disputeront les barrages, respectivement à Mayol et à Ernest-Wallon, comme c’est bien Oyonnax qui tentera de se maintenir au Stade des Alpes en Isère.

S’il n’y a pas eu photo à Castres, là où on s’attendait (surtout moi) à une éventuelle surprise des Oyomen, du côté de Gerland ça a été une toute autre histoire, laissant espérer des Rochelais jusqu’à la dernière minute après leur facile victoire bonifiée sur des Parisiens inexistants (mais finalement sauvés).

Car les Montpelliérains, déjà qualifiés en demie et premiers quoi qu’il se passait, ont joué le jeu, celui de leur rugby, pas facile à contrer. Ce que les Lyonnais ont constaté durant 80 minutes de souffrance.

Nadolo marquait le premier obligeant les locaux à réagir par Arnold puis Tuifuia juste avant la pause pour mener petitement (17-10). Seulement en seconde, bis repetita, Van Resburg égalisait et éliminait le Lou de son premier barrage. Lyon repassait devant à l’heure de jeu par Gill avant qu’un nouveau coup de tonnerre, au nom de Haouas, fasse trembler Gerland. Alors que tous les autres matches étaient finis, le MHR menait 24-22 à moins d’un quart d’heure du terme. Rochelais et Lyonnais voulaient y croire. Et ces derniers auront raison grâce à une pénalité de Michalak, autre partant, puis un essai de dernière minute de Mignot que le sort des Maritimes était scellé. Ils ne disputeront pas le barrage.

De son côté, l’équipe C du Racing n’a fait qu’une bouchée de l’équipe B d’Agen dans un match délocalisé à Vannes qui a dû décevoir un public qui n’a pas eu son lot de stars pour son argent.

Toulon n’a pas cherché à prendre la troisième place à Toulouse, très indiscipliné à Pau qui a offert un dernier beau spectacle (vain) à son public du hameau, emmené par un grand Taylor.

Quant à Brive, sa victoire sur le fil contre Bordeaux est un épiphénomène qui ne fera pas oublié aux Coujoux que leur avenir s’inscrit désormais en PRO D2.

Les Oyomen les y rejoindront-ils ?

 (entre parenthèses, le rang du nouveau classement après cette journée)

Tous les résultats officiels du week-end >>

  

Le tableau des phases finales

Demi-finales                             Barrages

Montpellier             v                 Toulon - Lyon

Racing 92               v                 Toulouse - Castres

 

La finale de PRO D2 en bref…

Perpignan – Grenoble                      38 – 13

Les Catalans sont de retour !

À Ernest-Wallon, Perpignan n’a fait qu’une bouchée de Grenoble dans une seconde période à sens unique, comme si les Isérois avaient baissé les bras. Ce qui a passablement peiné David Mélé, le demi de mêlée vaincu, en pleurs à la fin du match.

La mêlée. C’est justement ce qui a pêché chez cette équipe grenobloise qui a subi celle de l’USAP, puissante et efficace, réduisant à quatorze les Isérois pour mieux les croquer à l'heure de jeu.

Cinq essais à un, une victoire haut la main et un titre de champion pour les Catalans qui les réjouit bien moins que leur retour en TOP 14. Cela faisait  quatre ans qu’ils attendaient ça.

Grenoble pourra encore les rejoindre s’il parvient à battre les Oyomen dans son Stade des Alpes.

Réponse samedi prochain.

 

Les demies retour de PRO 8 féminin en bref…

Montpellier – Blagnac                      21 – 19          (22 – 22)

Lille – Toulouse                                19 – 24           (3 – 6)

Ça bouge au sommet !

Je n’ai rien vu, forcément… mais l’élimination des Lilloises est historique. Les coéquipières de la capitaine toulousaine de l’équipe de France, Gaëlle Hermet, ont réalisé un sacré exploit en allant s’imposer à Villeneuve-d’Ascq, chez les sœurs Ménager.

De leur côté, les Blagnacaises de Marjorie Mayans semblent avoir tenu tête aux coéquipières de Safi N’Diaye. Comme quoi, les choses bougent dans le rugby féminin dont le niveau se resserre autour d’un carré prometteur, fournisseur de l’équipe de France.

Safi N'Diaye, Cyrielle Banet, Caroline Boujard et Agathe Sochat pour Montpellier RC.
Marjorie Mayans, Audrey Forlani et Carla Niessen pour Blagnac Rugby Féminin.
Gaëlle Hermet, Camille Boudaud et Fiona Lecat pour le Stade Toulousain.
Marine et Romane Ménager, Yana Rivoalen et Miléna Soloch pour Lille Métropole RC Villeneuvois.

Nous aurons droit à une finale inédite entre Montpellier et Toulouse, la 7ème de suite pour les tenantes du titre…

à suivre dimanche prochain à Carcassonne.

 

La semaine prochaine…

Bilbao le haut but du Racing…

Souvenez-vous, c’était le titre de la brève d’il y a deux semaines.

Les Racingmen vont jouer leur deuxième finale de Champions Cup face au favori irlandais, invaincu cette saison en coupe d’Europe, en espérant qu'ils existeront plus que contre les Sarries en 2016.

Mais jamais un club invaincu jusqu’en finale n’a réussi à remporter le titre, à l’image de Clermont en 2013. Et puis le Racing a cette grinta espagnole qui lui a déjà souri à Barcelone.

Alors, vont-ils le faire ?

À suivre, samedi 12 mai, en direct du San Mamès Stadium, sur France 2 à 17h45 :

  • Racing 92 – Leinster

 

Côté TOP 8 du rugby féminin, la finale se joue à Carcassonne, dimanche 13 mai à 14h.

  • Montpellier – Toulouse

 

Côté PRO D2, le barrage avec TOP 14 se déroule au Stade des Alpes, samedi 12 mai à 14h45.

  • Grenoble – Oyonnax